« La fin du dollar » selon Myret Zaki


Comment le billet vert est devenu la plus grande buile spéculative de l'histoire

« Un krach du billet vert se prépare. Il est inévitable. Le principal risque planétaire actuel, c'est une crise de la dette souveraine américaine. La plus grande économie du monde n'est plus qu'une vaste illusion. Pour produire 14.000 milliards de revenu national (PIB), les États-Unis ont généré plus de 50.000 milliards de dette totale, qui leur coûte 4.000 milliards d'intérêts par an. » Le dollar est devenu la plus grande bulle spéculative de l'histoire et va s'effondrer prochainement. Quant aux attaques à l'encontre de l'euro, elles ne sont qu'un écran de fumée pour masquer la faillite de l'économie américaine, soutient Myret Zaki dans son dernier livre "La fin du dollar".Myriet Zaki, auteur du "La fin du dollar" *Le ton est donné. Tout au long des 223 pages de son nouveau livre, la journaliste Myret Zaki se lance dans un réquisitoire impitoyable à l'encontre du dollar et de l'économie américaine, qu'elle juge "techniquement en faillite". Le dollar est encore aujourd'hui entouré d'un mythe solide, que la journaliste genevoise Myret Zaki démonte pas à pas.

Devenue en quelques années l'un des écrivains économiques les plus réputés de Suisse ‐ elle s'était déjà penchée dans ses précédents ouvrages sur la débâcle américaine d'UBS et la guerre commerciale sur le marché de l'évasion fiscale ‐ Myret Zaki soutient la thèse d'une attaque contre l'euro pour faire diversion sur la gravité du cas américain. Interview.

Vous affirmez que le krach de la dette américaine et la fin du dollar comme monnaie de réserve internationale sera l'événement majeur du XXIème siècle. Ne versez-vous pas dans un certain catastrophisme ?

En annonçant un événement d'une telle ampleur alors que les signes d'une crise violente ne sont pas encore tangibles, je conçois que cela puisse paraître catastrophiste. Pourtant, je ne me base que sur des critères extrêmement rationnels et factuels. De plus en plus d'auteurs américains estiment que la dérive de la politique monétaire américaine mènera inévitablement à un tel scénario. Il est tout simplement impossible que cela se passe autrement.

Pourtant, ce constat n'est de loin pas partagé par une majorité d'économistes. Pourquoi ?

C'est vrai. Il existe une sorte de conspiration du silence, car énormément d'intérêts sont liés au dollar. La gigantesque industrie de l'asset management (investissement) et des hedge funds (fonds spéculatifs) repose sur le dollar. A cela s'ajoutent des intérêts politiques évidents. Si le dollar ne maintient pas son statut de monnaie de réserve internationale, les agences de notation pourraient rapidement ôter à la dette américaine sa notation maximale. A partir de là s'engagera un cercle vicieux qui va révéler la réalité de l'économie américaine. Il s'agit de maintenir les apparences à tout prix, même si le vernis ne correspond plus du tout à la réalité.

Ce n'est pas la première fois qu'on annonce la fin du dollar. En quoi les choses sont-elles différentes en 2011 ?

La fin du dollar est effectivement annoncée depuis les années '70. Mais jamais autant de facteurs n'ont été réunis pour augurer du pire. Le montant de la dette américaine a atteint un record absolu, le dollar est à son plus bas niveau historique face au franc suisse et les émissions de nouvelles dettes américaines sont principalement achetées par la banque centrale américaine elle‐même.

A cela s'ajoutent des critiques sans précédent des autres banques centrales, créant un front hostile à la politique monétaire américaine. Le Japon, qui est créancier des États-Unis à hauteur de 1000 milliards de dollars, pourrait réclamer une partie de ces liquidités pour sa reconstruction. Et le régime des pétrodollars n'est plus garanti par l'Arabie saoudite.

Plus que la fin du dollar, vous annoncez donc la chute de la superpuissance économique américaine. Mais les États-Unis ne sont-ils pas trop grands pour faire faillite ?

Tout le monde a intérêt à ce que les États-Unis se maintiennent et le déni va se poursuivre encore un moment. Mais pas indéfiniment. Personne ne pourra sauver les Américains en dernier ressort. Ce sont eux qui vont porter le coût de leur faillite. Une très longue période d'austérité s'annonce. Elle a d'ailleurs déjà commencé. Quarante-cinq millions d'Américains ont perdu leur logement, 20% de la population est sorti du circuit économique et ne consomme plus et un tiers d'États américains sont en quasi faillite. Plus personne n'investit de fonds propres dans ce pays. Tout repose uniquement sur la dette.

Vous affirmez que l'affaiblissement de la zone euro ne représente rien de moins qu'une question de sécurité nationale pour les États‐ Unis. N'est‐on pas entré dans une sorte de paranoïa anti‐américaine ?

Nous aimons tous l'Amérique et nous préférons voir le monde en rose. Pourtant, après la fin de la Guerre froide et la création de l'euro en 1999, une guerre économique s'est enclenchée. L'offre concurrente d'une dette souveraine solide dans une monnaie forte risquait de faire baisser la demande pour la dette américaine. Mais les États-Unis ne peuvent cesser de s'endetter. Cette dette leur a permis de financer les guerres en Irak et en Afghanistan et d'assurer leur hégémonie. Ils en ont un besoin vital.

En 2008, l'euro était une monnaie prise extrêmement au sérieux par l'OPEP, les fonds souverains et les banques centrales. Elle était en passe de détrôner le dollar. Et cela, les États-Unis ont voulu l'empêcher à tout prix. Le monde cherche un endroit sûr où déposer ses excédents, et l'Europe est activement empêchée d'apparaître comme cet endroit sûr. C'est précisément à ce moment que les fonds spéculatifs se sont attaqués à la dette souveraine de certains États européens.

Qu'adviendra-t-il après la chute annoncée du dollar ?

L'Europe est aujourd'hui la plus grande puissance économique et elle dispose d'une monnaie de référence solide. Contrairement aux États-Unis, c'est un bloc en expansion. Sur le continent asiatique, le Yuan va devenir la monnaie de référence. La Chine est le meilleur allié de l'Europe. Elle a d'une part intérêt à soutenir un euro fort pour diversifier ses placements. D'autre part, elle a besoin d'un allié comme l'Europe au sein de l'OMC et du G20 pour éviter de devoir réévaluer rapidement sa monnaie. Aujourd'hui, l'Europe et la Chine agissent comme deux forces de gravitation qui attirent dans leur orbite les anciens alliés des États-Unis : le Japon et l'Angleterre.

Fermez la page pour retourner.