Éditorial de «L’Étoile du Nord»

Hommage au camarade Adélard Paquin (1919-2013), Fondateur de l’édition en français de Northstar Compass

Une vie en défense du marxisme-léninisme :

Par Antonio Artuso
Rédacteur de «L'Étoile du Nord», édition en français de Northstar Compass,
Membre du Conseil international d’amitié et de solidarité avec le people soviétique

Au Québec et dans plusieurs pays, les communistes sont en deuil. Le camarade Adélard Paquin, fondateur de l'édition en français de Northstar Compass, rédacteur en chef pendant dix ans de ce bulletin (appelé aujourd'hui «L'Étoile du Nord»), membre du Conseil international pour l'amitié et la solidarité avec le peuple soviétique et président d’honneur des Amis canadiens du peuple soviétique est décédé le vendredi 25 janvier 2013 à 3h30 du matin à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal, à l'âge de 93. Le camarade Paquin aura lutté toute sa vie, théoriquement et dans la pratique pour le socialisme et le communisme.

Premières années et adhésion au communisme :

La vie du camarade Paquin est indissociable du contexte politique, de son travail militant et de ses idées. Elle a été intense sur plusieurs plans : recherche théorique et action concrète (diffusion des idées, organisation, mobilisation).

Il est né le 20 février 1919. Il étudie la médecine dentaire à l'Université de Montréal. En 1944, il s’engage dans l'Armée pour combattre mais il est affecté, à Yarmouth, en Nouvelle-Écosse, en tant que dentiste dans l'Armée et l'Armée de l'Air.

Son adhésion au communisme s’explique par ses grandes qualités : rigueur scientifique, sens du devoir, force de caractère, goût de l’étude et de la solution des problèmes. Le camarade Adélard suivait avec attention les développements nationaux et internationaux et les luttes de ligne au sein du Mouvement communiste international.

La lutte entre deux lignes au sein du mouvement communiste canadien et international :

La lutte entre le marxisme et le révisionnisme (révision des principes marxistes et plus tard marxistes-léninistes) et les différentes positions opportunistes a commencé dès la diffusion des principes de Marx et d’Engels.

Elle durera aussi longtemps que le capitalisme n’aura pas été renversé et que le socialisme ne sera pas instauré. Après le révisionnisme initial (Bernstein et Kautsky), le révisionnisme moderne détruira plusieurs Partis communistes :

-1- en 1943, le dirigeant Earl Browder conduira les PC des États-Unis et du Canada à suivre des positions révisionnistes. Le camarade Fergus McKean, quittera le parti canadien et écrira «Communism Versus Opportunism»;

-2- en 1948, en Yougoslavie, Tito (1948) rompra avec l’URSS et adoptera une position "non-alignée";

-3- en 1953, à la mort (suspecte) de Staline, Khrouchtchev, au 20ème Congrès du PC de l’URSS (1956), abandonnera les principes et orientera peu à peu l’URSS vers la restauration du capitalisme;

-4- vers 1980, les partis italien, français et espagnol proclament l’"eurocommunisme".

Dans tous ces cas, les révisionnistes, sous prétexte d’adapter le marxisme-léninisme à la réalité de chaque pays, invoquent l’exceptionnalisme national et adoptent une ligne nationaliste petite-bourgeoise, abandonnent les principes marxistes-léninistes d’unité et d’internationalisme prolétarien, et détruisent le Mouvement communiste international.

Mais dès le 20ème Congrès (1956), les communistes commencent à combattre les positions révisionnistes de Khrouchtchev. Plusieurs PC, notamment en Albanie (Enver Hoxha), au Brésil (PC do B) et en Chine («Débat sur la ligne générale du Mouvement communiste international» - 1963-1964)

Le camarade Paquin, dirigeant de la Société d’amitié Québec-URSS :

En 1958, la Société d'amitié Québec-URSS est fondée. En 1961, le camarade Paquin en devient le dirigeant. Il militera toute sa vie pour promouvoir l'amitié et la solidarité entre les peuples du Québec et de l’Union soviétique.

Dans les années 60, la majorité des membres des partis suivent la ligne révisionniste et antistalinienne de Khrouchtchev. Le camarade Paquin, après avoir lu les textes du philosophe révisionniste français Lucien Sève, adopte des positions révisionnistes et antistaliniennes.

C’est parce qu’il regrettait amèrement ses positions d’alors que le camarade Paquin a toujours refusé de me parler de sa vie. Pendant des années, il voyage constamment en Union soviétique, à Cuba et dans d'autres pays.

Il organise des conférences, des projections de films, des visites en URSS. Il développe des liens dans le monde, il connaît Fidel Castro, "Che" Guevara et d'autres personnes qui ont, par leurs luttes et leur dévouement total, assumé le destin de leur peuple. Il offre gratuitement ses services en tant que dentiste à des gens à faible revenu au Canada et travaille pour le peuple cubain.

L’effondrement final du révisionnisme et du social-impérialisme soviétique :

En 1991, l’URSS révisionniste s’effondre finalement, 35 années après la prise du pouvoir par les révisionnistes, après la restauration graduelle du capitalisme et son développement en tant que puissance social-impérialiste (socialiste en paroles mais impérialiste dans les faits). Le capitalisme y a resurgi dans toute son hideur et sa barbarie : destruction du socialisme de Lénine et de Staline, retour à l’exploitation des travailleurs, à l’oppression économique, politique, sociale par l’État bourgeois, guerres entre anciennes républiques soviétiques, chaos, misère, criminalité, fascisme.

La lutte pour la reconstruction de l’URSS et du socialisme – La fondation de Northstar Compass :

Devant l’ampleur du désastre, dans le monde entier, des milliers de personnes reprennent la lutte de façon plus consciente et plus ferme pour le socialisme et le communisme.

En octobre 1991, l’Association Canada-URSS-Canada, sous la direction du camarade Michael Lucas, adopte temporairement le nom de «Concerned Friends of Soviet People» (Amis solidaires du peuple soviétique). Elle nomme un conseil de rédaction, qui publiera, en août 1992, le premier numéro de la revue «Northstar Compass». Du 21 au 23 septembre 2001, le Conseil canadien organise à Toronto le 1er Congrès mondial pour l’amitié et la solidarité avec le peuple soviétique, pour la reconstruction de l’URSS et du socialisme. En décembre 2001, le camarade Adélard Paquin publie le premier numéro de l’«Édition française de Northstar Compass», dont il sera le rédacteur en chef pendant les dix années suivantes.

Il est en contact des communistes du monde entier (France, États-Unis, Belgique, Grande-Bretagne, Inde, entre autres). Le camarade Paquin trace les grandes lignes de notre bulletin et de sa mission de combattre le révisionnisme, de reprendre la ligne marxiste-léniniste, de contribuer à la reconstruction de l’URSS et du socialisme en suivant la voie de Lénine et de Staline.

Les positions du camarade Paquin :

En mars 2010, lorsque je l’ai connu, il avait 92 ans et était en excellente forme mentale et physique, conduisait sa voiture, nageait tous les jours, connaissait très bien l’informatique et avait une impressionnante collection de documents, d’images, de films électroniques.

Il me parlait avec enthousiasme de sa correspondance avec Vincent Gouysse, jeune théoricien communiste français, qui avait le tiers de son âge et avait déjà publié trois livres remarquables : «Impérialisme et anti-impérialisme» (mai 2007), sur ce qu’est réellement le socialisme; «Crise du système impérialiste mondial» (juillet 2009); «Le réveil du dragon» (2010), qui décrit le développement de la Chine impérialiste.

En me présentant au camarade Paquin, je lui avais dit que depuis 40 ans je militais dans des partis qui avaient suivi la ligne de Mao. Il m’a alors dit qu’il s’opposait fermement à cette ligne et m’a demandé de lire le livre de Gouysse «Impérialisme et anti-impérialisme», qui montrait en quoi l’alliance avec la bourgeoisie chinoise, la "Démocratie nouvelle" (au lieu du socialisme) et la ligne nationaliste avaient conduit à l’abandon du marxisme-léninisme. La lecture de ce livre a changé complètement mon point de vue sur Mao. Dans le bulletin et dans ses conversations le camarade Paquin traitait de la situation mondiale de crise, de fascisme et de guerre, de questions théoriques, du projet de reconstruction du mouvement communiste au Canada et dans le monde. Il m’a nommé rédacteur adjoint et a publié d’autres numéros du bulletin, avec quelques contributions de ma part. Ses positions étaient le résultats d’études constantes des classiques et d’articles d’un grand nombre de théoriciens, de partis et d’organisations communistes du monde entier.

Au début de notre travail ensemble, il était opposé à mon projet trop ambitieux de créer une organisation pré-parti pour la reconstruction du Parti communiste du Canada et du mouvement communiste international. Il m’avait dit que je me dispersais trop, que je n'avais pas suffisamment assimilé le marxisme-léninisme (ce qui est vrai) et que je devais me concentrer sur notre objectif de publier le bulletin. Puis, à plusieurs reprises, il m’a dit qu’il était d’accord avec «Reconstruction communiste Canada», mais que la publication du bulletin lui demandait toute son énergie. Nous avons discuté de nombreux sujets: Front uni et front unique, les différents groupes et partis qui se réclament du communisme, etc. Il était d’accord que trois des principes de Marx et de Lénine étaient fondamentaux : (1) la voie révolutionnaire vers le socialisme, (2) la dictature du prolétariat, et (3) la confiscation des moyens de production et l'édification de l'économie socialiste.

Le 19 novembre 2011, il m’annonça que son cancer de la prostate, qui avait été traité, avait causé des métastases osseuses. Bien que de plus en plus fatigué, quand nous nous rencontrions, il gardait son enthousiasme et sa capacité d’analyse. Il combattait la maladie avec un grand courage et beaucoup de dignité. «Cette semaine, j’ai souffert le martyre». Il disait qu’il avait vécu très longtemps, qu’il était normal de partir, mais, qu’ayant toute ses capacités mentales il aurait voulu pouvoir continuer son travail de militant.

Sur sa vie personnelle :

Le 24 février, au salon funéraire, son fils Roger et d’autres membres de sa famille ont décrit, chacun à sa façon, «notre cher Adélard». Il aimait être avec les gens. Il était simple, humble, poli, patient, rigoureux, discipliné, plein d'énergie, d'enthousiasme et d'espoir, sain d'esprit et de corps, toujours de bonne humeur. C’était «un père exemplaire et un grand-père merveilleux», un homme équilibré, qui aimait les exercices physiques, la natation, le camping, la pêche, le ski et les raquettes. Toute sa vie, il a consacré beaucoup de temps à la recherche, sur la philosophie, l'économie politique, l'histoire et les théories politiques mais aussi sur la santé, l'alimentation et d’autres sujets les plus divers.

Le camarade Adélard Paquin restera dans l’histoire du mouvement communiste canadien et international en tant que militant, chercheur et organisateur communiste totalement dévoué à la révolution prolétarienne. [Fin]

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